Handicap respiratoire d'un asthmatique au travail
(Ph. Godard, H. Dhivert Donnadieu)

L’asthme concerne environ 7 % de la population adulte. Il est responsable d’un handicap qui peut s’avérer majeur, en particulier dans le cas des asthmatiques professionnels et, d’une manière plus générale, des asthmatiques au travail.

imprimer: cliquez/click here for printing

source SPLF SFMT

Quelques définitions

Le terme handicap est dérivé d'un mot anglais (hand in cap, qui était un jeu). Il a été utilisé ensuite dans les courses de chevaux. Il signifie d'une manière générale tout état d'infériorité (1). Selon l'Organisation mondiale de la santé, la déficience correspond à toute perte de substance ou altération d'une fonction ou d'une structure psychologique, physiologique ou anatomique. Ces pertes de substance ou ces altérations peuvent être provisoires oudéfinitives. Elles comprennent l'existence ou l'apparition d'anomalies, d'insuffisances et de pertes concernant un membre, un organe, un tissu ou une autre structure de l'organisme, y compris la fonction mentale. La déficience représente l'extériorisa tion d'un état pathologique ; elle est le reflet des troubles manifestés auniveaude l'organe.
Une incapacité correspond à toute réduction (résultant d'une déficience) partielle ou totale de la capacité d'accomplir une activité d'une façon normale, ou dans des limites considérées comme telles pour un être humain.

Le désavantage social d'un individu est le préjudice qui résulte de sa déficience ou de son incapacité et qui limite ou interdit l'accomplissement d'un rôle considéré comme normal compte tenu de l'âge, du sexe et des facteurs socioculturels.

Handicap et formes cliniques de l'asthme

L'évaluation du handicap doit se fonder sur la sévérité de l'asthme. Elle se déduit de la pression thérapeutique nécessaire pour obtenir un bon contrôle de la maladie. Elle doit tenir compte du niveau de déficience (se rapportant essentiellement au degré d'obstruction bronchique résiduelle, évaluée par une spirométrie) ainsi que des effets secondaires des médicaments. La réparation devrait prendre également en compte l'importance du désavantage, ce qui n'est pas le cas actuellement ou du moins ne l'est que très partiellement.

L'asthme professionnel est défini comme un asthme déclenché ouaggravé par une substance inhalée sur les lieux du travail. Il est donc impératif, quelle que soit la sévérité de la maladie, de proposer une éviction du risque. Celle­ci n'est pas toujours possible, voire ni même souhaitée par le travailleur. Elle n'est pas synonyme de guérison. Dans tous les cas, il est indispensable de mettre en place un traitement de fond. La consolidation est définie par la Sécurité sociale de la manière suivante : c'est le moment où l'on estime que l'état est « stabilisé » (éventuellement sous traitement), et que l'on n'obtiendra pas d'amélioration significative supplémentaire. La consolidation signifie qu'il existe des «séquelles ». La date de consolidation est parfois difficile à définir de manière précise, pour plusieurs raisons :

-- l'exposition au risque peut persister,
-- l'asthme peut évoluer pour son propre compte,
-- l'asthme est par nature une maladie fluctuante,
-- d'autres facteurs déclenchants peuvent inter­venir.

L'asthme en lui­même, du fait même de sa sévérité propre, de la déficience générée par la maladie elle­même, des effets secondaires des médicaments ou de la difficulté à contrôler les symptômes, peut être responsable d'un handicap majeur pour le travailleur, dans certains métiers et, par conséquent, d'un désavantage considérable.

Enfin, la composante allergique de l'asthme doit être envisagée. Un atopique a un risque élevé, par définition, de se sensibiliser progressivement aux allergènes de haut poids moléculaire de l'environnement, à la farine par exemple. Il est toujours difficile de considérer l'aptitude à se sensibiliser comme un handicap, au sens socioprofessionnel du terme. Cependant, même si le niveau de preuve scientifique n'est pas encore important, il est possible de commencer à envisager une pré vention primaire et secondaire dans certaines situations (2).


Classiquement, l'asthme était connu pour être un brevet de longue vie. Il n'en est probablement rien. En revanche, il est de plus en plus clair que l'asthme est responsable d'un handicap qui peut se révéler majeur, en particulier si l'on considère l'asthme professionnel et, d'une manière plus générale, les asthmatiques au travail. L'asthme concerne environ 7 % de la population adulte. La moitié souffrent d'un asthme persistant, justifiant un traitement de fond quotidien. Ce sont certainement ces personnes qui ont la plus grande probabilité de souffrir d'un handicap respiratoire. Il faut cependant considérer également les asthmes intermittents, certes peu ou pas sévères. Du fait même de l'hyperréactivité de fond et/ou de l'allergie sous­jacente, ces formes d'asthme peuvent interdire la pratique de telle ou telle activité professionnelle. Dans d'autres situations, l'éviction du facteur de risque et déclenchant a permis de réduire la sévérité de fond de la maladie, mais au prix d'un changement de travail.

À noter :

  • Le caractère important, voire indispensable, de l'évaluation de l'EFR et du suivi de cette EFR chez l'asthmatique au travail (surveillance « objective » d'une éventuelle détérioration, pas toujours évidente cliniquement, voire masquée) ;

  • L'importance de la prise en compte du score médicamenteux lors de la surveillance d'un asthmatique au travail (raison identique à ci­dessus : patient avec EFR qui « se maintient », mais au prix d'une escalade thérapeutique....).

Références (Abstract Medline : cliquez sur la référence)

  1. Rey A. Dictionnaire historique de la langue française.
  2. Cullinan P, Tarlo S, Nemery B. The prevention of occupational asthma. Eur Respir J. 2003 ; 22 : 853­60.
    Voir fiche « Comment aider un asthmatique dans son orientation professionnelle ? ».

 

création: mars 2004

mise à jour : 10-Jui-2004