Stratégie diagnostique pour le médecin généraliste
(G. Pauli, M.-C. Kopferschmitt-Kubler)

Le diagnostic d’asthme professionnel repose sur une enquête professionnelle rigoureuse, pour laquelle le médecin du travail est un interlocuteur incontournable. Il repose sur des données objectives telles que les tests immunologiques et surtout les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR).

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source SPLF SFMT

L' asthme professionnel est une maladie inflammatoire des voies aériennes, avec un syndrome obstructif variable, une hyperréactivité bronchique, induit ou aggravé par l'inhalation de substances présentes dans l'environnement professionnel (poussière, fumée, vapeur, gaz).

.On distingue :

Asthme professionnel avec période de latence, induit par des substances d'origine animale ou végétale (souvent de mécanisme allergique) et par des produits chimiques ou des métaux (mécanismes moins bien connus). Il peut apparaître après plusieurs semaines, mois ou années d'exposition professionnelle. Les symptômes sont rythmés par les périodes de travail.
Y penser devant tout asthmatique qui travaille, mais aussi devant une dyspnée (surtout si elle a été précédée d'une rhinite), une toux spasmodique, ainsi que devant un asthme qui s'aggrave alors qu'il était stabilisé.

Quatre questions sont fondamentales :

-- La crise d'asthme est­elle survenue sur les lieux du travail ?
-- L'état respiratoire s'améliore­t­il durant les fins de semaine?
-- L'état respiratoire s'améliore­t­il lors de congés prolongés, ou se normalise­t­il?
-- L'état respiratoire s'aggrave­t­il en période de travail ou au décours du travail?

Y penser devant une profession évocatrice : boulangers, pâtissiers, personnels de santé, peintres, coiffeurs, agents d'entretien, travailleurs du bois. Voir fiche « Les principaux métiers en cause ».

La connaissance de la profession n'est pas toujours suffisante (exposition à de multiples substances, même agent retrouvé dans des professions variées, nombreux produits manipulés...). L'enquête professionnelle approfondie relève du médecin du travail.

Le diagnostic d'asthme professionnel repose sur une procédure progressive permettant de confirmer l'asthme, de préciser sa sévérité (intermittent, persistant léger, modéré ou sévère, traitements déjà institués), d'évoquer un asthme professionnel d'après une histoire clinique compatible et de montrer une relation objective entre le travail et les symptômes (variation en fonction du travail des débits de pointe [DEP], du VEMS et/ou des tests d'hyperréactivité bronchique non spécifique [HRBNS]). Rarement, il sera nécessaire d'effectuer des tests de provocation spécifique en milieu hospitalier. Le médecin généraliste tient une place essentielle dans l'interrogatoire orienté à la recherche d'un asthme professionnel, dans la constatation d'une crise d'asthme au travail ou au décours immédiat, dans l'aide à la surveillance d'un journal de DEP en périodes de travail et de congés. Les étapes de la démarche diagnostique doivent être effectuées en collaboration avec le pneumologue, l'allergologue et le médecin du travail :

  • Mise en évidence d'une sensibilisation immunologique (tests cutanés, tests in vitro) facile s'il s'agit d'un allergène d'origine animale ou végétale. En revanche, lorsque d'autres mécanismes sont impliqués, ces investigations ne sont pas réalisables. Un résultat positif d'un test cutané ou d'un dosage d'IgE spécifiques peut n'être que le témoin d'une sensibilisation purement immunologique.

  • Réalisation d'épreuves fonctionnelles respiratoires itératives, mesure de l'HRBNS. Celle­ci peut aussi être soupçonnée cliniquement (toux ou gêne respiratoire au contact d'irritants - fumée de tabac, odeurs fortes, sprays, polluants -- ou déclenchées par le rire, l'effort, le froid...).

Il existe une grande variété d'étiologies, et de nouvelles étiologies peuvent apparaître (nouvelles substances, techniques, applications...).


Asthme professionnel sans période de latence

Ce syndrome appelé antérieurement reactive airways dysfunction syndrome (RADS) se caractérise par la survenue de symptômes d'asthme de sévérité variable, mais aussi de toux sèche, de dyspnée durant les vingt­quatre premières heures suivant l'exposition à une forte concentration d'irritants (gaz, vapeurs ou fumées) dans des conditions d'exposition inhabituelles, voire exceptionnelles (accident, incendie, défaut de ventilation). Le constat du médecin généraliste est un élément essentiel pour établir uncertificat d'accident du travail. Les symptômes d'asthme peuvent persister (obstruction bronchique variable et réversible, test à la méthacholine positif). Outre le traitement d'urgence, un suivi pneumologique avec réalisation d'épreuves fonctionnelles et institution d'un traitement anti­inflammatoire et bronchodilatateur est indispensable. Les substances le plus souvent décrites sont le chlore et ses dérivés, les acides et les isocyanates.

Références (abstract Medline : cliquez sur la référence correspondante)

  1. Lemière C, Kopferschmitt­Kubler MC.
    Syndrome d'irritation bronchique. Rev Fr Allergol Immunol Clin 2001 ; 41 : 294­300.

  2. Pauli G, Bessot JC, Kopferschmitt­Kubler MC, Popin E.
    Démarches diagnostiques. In : L'asthme professionnel, JC Bessot, G Pauli; Eds Margaux Orange, Paris, 1999, 127­43.

  3. Pauli G, Bessot JC, Vervloet D, Ameille J.
    Investigations diagnostiques de l'asthme professionnel : nécessité et limites. Rev Mal Respir,
    2002, 19, 289­291.

  4. Vandenplas O, Malo JL. Definitions and types of work­related asthma: a nosological approach.
    Eur Respir J 2003; 21: 706­12.

 

création: mars 2004

mise à jour : 10-Jui-2004